Guillaume d'Eyssautier est CEO de picoChip, société spécialisée dans le traitement du signal et le calcul intensif à l'aide de processeurs à architecture multicoeur hétérogène et massivement parallèle, principalement utilisés dans les télécommunications. A l'en croire, il y aura bien une concurrence entre normes WiMAX et HSDPA, mais celle-ci se doublera d'une complémentarité de leurs applications que les constructeurs doivent anticiper.
La technologie HSDPA (high speed downlink packet access) apporte au WCDMA une accélération des services de données sans fil à haut débit. WiMAX (802.16), pour sa part, n'est pas une évolution mais une étape majeure de déploiement des standards IEEE. L'approche IEEE est très différente de celle du 3GPP, en charge de l'harmonisation de l'UMTS. Elle privilégie la réutilisation des protocoles, l'ouverture et l'interopérabilité. L'intérêt a donc grandi plus vite que pour la 3G, et cela promet davantage de compétition et d'innovation. WiMAX prévoit à la fois un accès sans fil fixe (16d) et mobile large bande (16e).
Le potentiel des accès fixes à large bande est supérieur dans les pays en développement en raison de leur manque de lignes fixes : WiMAX apportera rapidement une connexion aux réseaux de données et voix sur IP. Mais il y a ailleurs de nombreux terrains d'entente entre WiMAX et HSDPA. WiMAX est idéal pour le réseau de collecte, en arrière des stations de base HSDPA, car il n'y a plus à raccorder ni louer une ligne physique. Une mini station HSDPA ayant une liaison arrière WiMAX sera simple à installer et offrira un service voix/données sur un site d'entreprise. Un autre exemple est celui de la mobilité transparente : le terminal du passager d'un train en gare sélectionne WiMAX, puis commute sur HSDPA lorsqu'il passe en mobilité à grande vitesse.
Il serait alors naïf de prétendre que les deux technologies ne seront pas en compétition. Un paquet envoyé sur WiMAX par cet usager ne sera pas transporté sur HSDPA. Si ce paquet est un paquet voix, cela aura un impact sur la rentabilité de la 3G et sur les investissements qui se reporteront sur WiMAX. L'UMTS bénéficie d'un réseau existant et supporté par des opérateurs, des équipementiers, des régulateurs et, surtout, par une immense base d'utilisateurs qui migrent progressivement vers la 3G. Le déploiement de WiMAX suppose, lui, un long processus de planification et d'acquisition de sites.
Il y a deux ans, la concurrence de Wi-Fi était hypothétique ; aujourd'hui cet accès est souvent préféré au quotidien à l'UMTS. L'usage de WiMAX pourrait ainsi s'accélérer avec la rapidité caractéristique des réseaux de données, par opposition à l'inertie constatée dans les télécoms qui échouent à proposer de véritables services standard. Cette compétition touchera surtout les constructeurs : le ticket d'entrée pour concurrencer les opérateurs est très élevé, alors que de nouveaux OEM arrivant sur le marché WiMAX ébranleront la compétition actuelle entre équipementiers.
Ces derniers n'auront rien à gagner dans une compétition entre des opérateurs misant sur WiMax d'une part et d'autres suivant un modèle 3GPP.
As appeared in Electronique magazine Apr 2006 issue.